2010,
Encore une année bénie des dieux…
Le mois de juillet fût chaud, sec, le mois d’août également chaud et très sec.
La vendange était comme l’an dernier parfaitement saine, le temps au beau fixe avec de belles journées et des nuits fraîches dès le début septembre, nous a permis d’optimiser la date des vendanges.
Le blanc.
Le Sauvignon a été ramassé le 20 septembre ; en Pessac-Léognan, nous étions dans les premiers à démarrer le sauvignon pour privilégier la fraîcheur du fruit.
Le Sémillon a été récolté dès le 24 septembre, il était mûr et très sain, à la dégustation, il présentait des arômes présageant d’une belle complexité une fois la fermentation finie.
Un degré d’alcool correct, une bonne acidité, du fruit, de la fraîcheur, de la complexité, toutes les caractéristiques d’un blanc de Pessac-Léognan avec son aptitude à bonifier sur 3 à 5 années en bouteille.
Le rouge.
Les Merlots : Les prélèvements effectués avant la vendange montraient un indice de tanins très élevé, un degré potentiel dépassant les 14,0°, une acidité normale laissant ainsi espérer une belle qualité de récolte qui dura 4 jours à partir du 27 septembre.
La déception venait des rendements relativement faibles, essentiellement dus à la taille des graines. Une graine de merlot pèse en moyenne 16 à 18 grammes, cette année à Haut-Lagrange, du fait de la sécheresse, elle pesait 12 grammes, d’où un phénomène de concentration du jus. Il convenait alors de gérer les fermentations en finesse pour préserver le fruit et extraire les tanins de qualité, ce qui fut fait !!!
Les Cabernets-Sauvignons : surprise, surprise…de mémoire d’œnologue lors des analyses d’avant vendange, nous n’avions jamais vu des résultats aussi élevés en concentration de tanins, en maturité des pépins et en potentiel d’extractibilité de ceux-ci. Les degrés potentiels étaient de 12,5° avec une acidité moyenne de 3,5 grammes, vendange sur 6 jours à partir du 7 octobre.
Le résultat après fermentation est un indice de tanin jamais atteint à Haut-Lagrange (moyenne 55 à 60, cette année ils vont de 80 à 90), tout en gardant une fraîcheur (le fruit) très intéressante.
2010 encore un beau millésime, pourquoi ? La production de vin de Bordeaux a bien évolué ces dernières années. Plusieurs facteurs y contribuent :
Le changement climatique. Sans doute moins de pluie et une température moyenne en hausse. Les observations météorologiques montrent que ce n’est pas tant la température diurne qui est en hausse mais la température nocturne. Or, le démarrage de la végétation est directement lié à la température moyenne et au réchauffement du sol au sortir de l’hiver, facteur de précocité. L’alimentation hydrique du pied de vigne joue également un rôle important au moment du gonflement de la baie de raisin et de son mûrissement, l’effet sécheresse donne des raisins plus concentrés.
Une meilleure connaissance du végétal et de la vinification. C’est à mon sens le principal facteur d’amélioration de la qualité de nos vins. Citons :
o une bonne gestion des engrais qui permet de juste couvrir les besoins de la vigne,
o une bonne maîtrise de l’entretien des sols avec du matériel adapté,
o une bonne gestion des traitements permettant d’apporter au bon moment la bonne dose au bon endroit en faisant jouer les synergies entre produits, nous avons ainsi divisé par 2 les doses de matière active à l’hectare en quelques années,
o une gestion prévisionnelle de la récolte permettant de ne garder sur le pied de vigne que les meilleures grappes lors des vendanges en vert du mois d’août. La vendange en vert consiste à sélectionner les grappes en fonction de leur position et de leur nombre pour éviter une dilution du potentiel qualitatif développé par chaque pied de vigne.
o Une compréhension des processus physico-chimiques de la vinification grâce aux travaux de la faculté d’œnologie de Bordeaux.
Nous obtenons ainsi une bonne homogénéité des raisins au niveau maturité, une précocité certaine qui nous permet de ramasser des raisins lorsque le temps est plus favorable (Une dizaine de jours de gagnés en l’espace de 30 ans). Nous vinifions un raisin qualitatif.
2009 est un millésime délicieux avec un potentiel de garde moyen dû à une acidité faible, un Ph élevé. 2010 est un millésime très beau, dans lequel le fruit aura été préservé tout en ayant une structure tannique forte qui reste cependant dans la finesse. Ce millésime a un fort potentiel de garde. Rendez-vous dans deux ans, où l’on pourra juger ce troisième grand millésime (2008, 2009, 2010) après sa période d’élevage (40% de la récolte va passer en barrique neuve, le reste en cuve). Sa mise en bouteille est prévue en juin 2012.
Avec les sentiments les meilleurs de Francis Boutemy
A Léognan, le 2 novembre 2010.